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Numérique et langues

Article des Cahiers pédagogiques : conseils pratiques de suivi des élèves

En cette période de mise en œuvre de la continuité pédagogique, alors que chacun ajuste ses méthodes de travail et qu’une réflexion s’engage sur le travail ’hors la classe’, il est utile de garder à l’esprit qu’on ne peut pas reproduire à l’identique et au sein des contextes très divers que connaissent nos élèves chez eux, les conditions d’apprentissage de la classe, ni les exigences en termes d’échéances de rendu des devoirs que l’on peut attendre d’un élève qui a habituellement accès aux matériels de l’établissement scolaire ou de l’internat.
Par exemple il n’est pas simple de prendre connaissance des documents déposés sur PRONOTE sur un écran de téléphone, ni de renvoyer les documents dans les temps si on n’a qu’un ordinateur partagé par toute la famille. Pour les élèves sans connexion à la maison, il conviendra d’avoir clairement convenu du protocole mis en place dans l’établissement pour les échanges de documents et de veiller à sa bonne compréhension par les familles.

N’hésitez pas à passer par le biais des jeux sérieux ; la phonologie peut se travailler efficacement par le biais de la chanson ; les escape games peuvent être un moyen d’évaluer la compréhension ... Quelle que soit l’activité la lisibilité et la progressivité des consignes permettra de limiter les interrogations, les messages et les inquiétudes des élèves et de leurs parents.

Des conseils pratiques sont détaillés dans l’article intitulé Continuité pédagogique : comment ne pas creuser les inégalités ? publié dans les Cahiers pédagogiques du 21 mars 2020 et rédigé par Guillaume Caron, Sylvain Connac, Laurent Fillion, Carole Gomez-Gauthié, Cyril Lascassies, Cécile Morzadec, Nathalie Noël et Corinne Tressières.

Cet article présente des idées qui ne sont en aucun cas des prescriptions, car il faudra en adapter l’esprit au contexte particulier de chaque établissement, et à nos élèves qui pour une grande majorité d’entre eux n’ont pas de connexion internet fiable, et/ ou d’ordinateur à disposition (d’autant plus si les parents télétravaillent eux-mêmes), et/ ou d’imprimante.

En voici un long extrait :

(...)
"Une réflexion sur le travail personnel à mener

L’autonomie en éducation sous-entend faciliter l’entrainement, la révision, mais pas la réalisation de nouveaux apprentissages qui seraient facteurs d’inégalités entre les élèves. Dans les classes à examen, c’est bien pourtant de nouveaux contenus qui vont devoir être abordés car il faut bien avancer dans le programme, le ministre ayant annoncé pour l’instant que le bac serait maintenu. Dès lors, il faut se demander comment les élèves peuvent faire face à autant d’exercices dans autant de matières.

Chacun s’interroge : qu’est-ce que cette situation change dans ma façon de concevoir les cours ? Qu’est-ce que ça change dans la façon de réguler afin de ne laisser personne sur le bord de la route ? Finalement ce terme de « continuité » nous amène à réfléchir au raccrochage scolaire là où en présentiel, la question de la motivation des élèves nous semble aller de soi comme un préalable à tout enseignement. Nous en venons ainsi à nous interroger sur les gestes et les postures qui pourraient maintenir le lien avec nos élèves, favoriser leur autonomie et leur engagement.

Ayons aussi à l’esprit que cette mise en autonomie forcée des élèves pose un certains nombre de difficultés. Pour Bernard Lahire, l’autonomie repose sur trois éléments essentiels :

  1. La transparence : tout doit être dit, en particulier les objectifs d’apprentissages ou de révision (évitons la succession de tâches ne visant qu’à occuper les élèves).
  2. L’objectivation : s’appuyer sur un ensemble de savoirs, informations, règles, écrits ou imprimés (manuels, fichiers, tableau, livres...).
  3. La publicisation : l’élève doit pouvoir se reporter à des éléments visibles (règles communes, consignes).

On comprend tout de suite que dans le contexte actuel, ces conditions peuvent difficilement être pleinement réunis par des familles qui ne possèdent pas les codes de l’école. L’autonomie dans le cadre scolaire passe souvent par une culture de l’écrit. Depuis quelques jours, les familles reçoivent (voire sont inondées) des consignes écrites, des modes d’emploi, des conseils... Cela nécessite des compétences en lecture qui peuvent être discriminantes.

En effet, le repli sécuritaire à des écrits fait disparaitre toute l’hétérogénéité de nos classes et nos pratiques d’inclusion scolaire pour des élèves qui présentent un handicap face à l’écrit (les handicaps dys, visuels, auditifs, les enfants nouvellement arrivés en France et tous ceux qui n’ont pas développé les usages numériques, les enfants qui ont besoin du regard d’un adulte bienveillant pour oser).

Quelques idées pour accompagner nos élèves à distance

- Travailler sur des exercices de révision (ce qui est déjà bien au regard d’acquis importants à consolider pour la suite de la scolarité).
- Profiter du numérique pour diversifier les informations relatives à un même savoir (classe « augmentée » : fournir des liens vers des vidéos, par exemple), en tenant compte de ce que l’exposition aux savoirs se fera dans un contexte très différent de celui attendu de la classe (à la maison, par la télévision, peut-être avec l’aide des parents, de la fratrie…).
- Réduire la profusion d’informations à laquelle les élèves sont soumis sur internet, en leur fournissant des feuilles de route par matières pour trier, classer, catégoriser les informations ; indiquer les niveaux de difficulté, les compétences mobilisées…
- Ne pas multiplier les documents à imprimer, car il n’y a pas toujours d’imprimante familiale...
- Proposer de l’autocorrection (avec des exercices suivis de leur réponse).
- Construire ce que l’on propose de manière échelonnée, par exemple avec des paliers ou des couleurs de ceintures, ou une progression temporelle (exercices de plus en plus difficiles).
- Cadrer chaque activité en précisant les temps de réalisation (temps de lecture et temps de réponse à la consigne) pour que les élèves puissent s’organiser.
- Transmettre des consignes simples, limitées, ne pas hésiter à passer par l’audio et la vidéo si nécessaire. Fournir des exemples pour démarrer et rendre explicites des consignes qui peuvent ne pas l’être.
- Pour chaque étape, proposer aux élèves des éléments de cadrage de la notion (synthétiques, avec des exemples et une vidéo de support, par exemple), puis quelques exercices autocorrectifs d’application directe et, enfin, donner une consigne pour l’évaluation de l’entité. Les élèves envoient ensuite leur travail à leur enseignant. L’évaluation consiste à répondre « validé » ou « pas encore validé ».
- En cas de non validation, les élèves reprennent leur entrainement. En cas de validation, ils passent à l’échelon suivant.
- Introduire un support symbolique de motivation extrinsèque (à défaut de pouvoir compter sur la satisfaction de travailler avec d’autres) : des badges qui s’obtiennent, des couleurs qui s’atteignent, des points qui se gagnent…
- Garder le lien avec les élèves en créant un fil de discussion, en téléphonant, penser aux gestes tutoraux pour maintenir l’engagement des élèves grâce à des messages ou des appels réguliers, des rétroactions etc.
- Penser à proposer des outils qui permettent les échanges et l’entraide entre élèves. Par exemple, un espace de tchat entre élèves, pour introduire une part de coopération sur les entrainements.
- Prévoir peu pour tenir dans la durée... car ni nous ni les élèves ne pourrons garder nos engagements... Or il me semble qu’on est aussi des exemples pour nos jeunes... Comment comprendre qu’on baisse de régime au trentième jour ? Il semble que, comme un long marathon, il vaille parfois mieux se tenir à quelques entretiens de routine efficace, qui prenne peu de temps mais qui soit efficace... "

(...)

Mise à jour : 28 mars 2020

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